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jeudi 12 septembre 2013

Quels choix pour acquérir des livres DAISY en BM ? L'expérience de la médiathèque Marguerite Duras

Par Hélène Kudzia (Médiathèque Marguerite Duras - Paris)

Le contexte


Le pôle Lire Autrement de la Médiathèque Marguerite Duras à Paris propose comme de très nombreuses bibliothèques des livres audio, acquis par les circuits commerciaux habituels. Mais cette offre ne satisfait ni les lecteurs déficients visuels, qui lisent souvent plus vite que les bibliothécaires n'acquièrent, ni les bibliothécaires qui ne trouvent pas dans cette offre de quoi suivre une politique d'acquisition équilibrée.

Pour enrichir nos propositions à destination des aveugles et malvoyants, nous avions déjà accès à 2 bibliothèques de téléchargement de livres DAISY, la BNFA et Éole. Mais ces documents numériques, dématérialisés, ne pouvaient être mis à la disposition que des déficients visuels qui disposaient d’un lecteur DAISY avec carte mémoire ou de ceux qui empruntaient un lecteur DAISY à la bibliothèque.

Nous avons donc choisi de compléter notre offre par des périodiques DAISY, acquis auprès du GIAA et disponibles au prêt depuis juin dernier, et nous venons de passer notre première commande de livres DAISY, sur CD, auprès de l’AVH, avec laquelle nous avons signé une convention début 2013.

Ce billet présente les critères que nous avons suivis afin d’établir notre première liste de DAISY à acquérir.


Des livres Daisy sur CD

Critères d’acquisitions


Nous ne concevons pas le fonds de livres DAISY comme un fonds à monter ex nihilo, mais comme complémentaire des fonds de textes lus pour adultes et pour enfants déjà présents à la bibliothèque.

Un premier échange entre collègues a permis de retenir les critères ci-dessous.

Age :


-      Ne pas acquérir de documents pour enfants : le fonds existant est fourni et le public d’enfants déficients visuels ne fréquente pas encore la bibliothèque en individuel pour emprunter des livres ;

-      Acquérir des documents pour adolescents qui peuvent intéresser également les adultes, notamment documentaires « pour tous », fantaisy ;

-      Acquérir en majorité des documents pour adultes.

Documentaires :


-      Privilégier les documentaires, car ce sont les acquisitions les plus difficiles à faire à partir de l’offre commerciale.

Fictions :


-      Privilégier les fictions dont on parle à la médiathèque (café littéraire, cycles d’action culturelle à venir);…

-      Ne pas acquérir davantage de titres d’auteurs déjà bien représentés, notamment en littérature du terroire et en policier (Signol, Connelly…).

Lien avec les textes lus de l’offre commerciale :


-      Ne pas acquérir auprès de l’AVH un titre existant déjà en texte lu dans l’offre commerciale, sauf cas exceptionnel où il s’agirait d’un document pour lequel la version commerciale serait très abrégée.

-      Faire des acquisitions qui vont dans le sens de la variété de l’offre (auteurs ou thèmes pas représentés dans le fonds de textes lus existant).

Préparation de notre première commande :


Nous nous sommes fixé d’acquérir 250 livres DAISY par an auprès de l’AVH mais, pour cette première année, et en raison d’un petit relicat sur une autre ligne budgétaire, nous avons passé une commande pour 350 titres.

Nous avons travaillé à partir d’une base de données fournie par la médiathèque de l’AVH en suivant les principales étapes suivantes :

-      Supprimer les types de documents qui ne nous intéressent pas a priori (exemple : animations de la médiathèque de l’AVH) ou pour lesquels notre établissement est déjà bien fourni et propose des documents de qualité (théâtre, contes, poésie) ;

-      Supprimer les documents sur 2 CD et les livres d’une durée trop longue, car on cherche à constituer un fonds de découverte de DAISY ;

-      Éliminer les titres déjà présents dans notre fonds ;

-      Éliminer les auteurs et les thématiques déjà représentés dans notre fonds, sauf si cela présente un intérêt au niveau des prochaines thématiques d’action culturelle (exemple : guerre 14-18 pour les commémorations en 2014);

-      Éviter les documents DAISY provenant de récupérations analogiques ;

-      Repérer les documents qui pourront accompagner les temps forts de l’action culturelle à venir : cycle sur l’Afrique du sud, commémoration autour de la première guerre mondiale, centenaire de la naissance de Marguerite Duras ;…

-      Retenir un certain nombre de documents sur le handicap, notamment visuel, pour répondre aux questions de nos usagers perdant la vue  ;

-      Choix des documentaires et des fictions en respectant un certain équilibre et en privilégiant les goûts des lecteurs déficients visuels qui fréquentent déjà la bibliothèque ;

-      Pour les fictions, privilégier les publications les plus récentes.

A l'arrivée de cette commande, de nouveaux défis nous attendent : intégrer ces adaptations à notre catalogue, équiper les CD, et faire vivre le fonds !


jeudi 30 mai 2013

Atelier iPad pour déficients visuels à la Médiathèque Duras (Paris)


 Compte rendu par Hélène Kudzia, rédactrice invitée sur "Nouvelles Lectures".


Hélène Kudzia

Dans le cadre de son 30e anniversaire, le Collège International de Philosophie (CIPH) a réalisé un livre interactif pour IPad : InterSections. Pendant le premier semestre 2013 des IPad ont été mis à disposition dans quelques bibliothèques, dont la nôtre. C'est ce prétexte que j'ai saisi pour proposer un atelier autour de l'IPad aux déficients visuels le samedi 11 mai.

Préparation de l'atelier

InterSections, consultable dans ibooks, ne s'est pas révélé à la hauteur au niveau de l'accessibilité avec VoiceOver, bien que le CIPH assure avoir pris en compte cet aspect (InterSections propose des vidéos en LSF). La navigation à l'intérieur du livre est très laborieuse : impossibilité d'utiliser la table des matières, difficulté pour passer d'un chapitre à l'autre, impossibilité d'utiliser la lecture en continu de VoiceOver (qui zappe la colonne de texte de droite et passe à la page suivante).
N'ayant pas pu tester le livre avant la programmation de l'atelier, il a bien fallu rebondir et réorienter l'atelier sur une découverte de l'IPad plus que du livre du CIPH.
Le CERTAM - que je remercie vivement - nous a prêté un IPad, afin que nous ayons 2 appareils à manipuler pendant l'atelier.

Participantes

Cela devient une habitude, cet atelier du samedi matin a été une fois de plus suivi uniquement par des femmes. 3 étaient présentes, aux profils très différents ; notre stagiaire malvoyante s'était jointe à elles.
Profils visuels variés : aveugle de naissance, personnes dont la vue baisse (impossibilité actuelle de lire des livres en gros caractères), vue stable autour de 2-3/10.
Age : de 25 à 55 ans environ
Familiarité avec les nouvelles technologies : toutes ont déjà été face à un clavier AZERTY, mais elles ne possèdent pas forcément un ordinateur avec une aide technique ; elles utilisent couramment des lecteurs DAISY ou MP3 et se disent à la recherche de nouvelles solutions accessibles (téléphonie, lecture, ordinateur).

Déroulé de l'atelier

J'ai décidé de commencer l'atelier avec VoiceOver et d'utiliser le zoom seul et avec VoiceOver en fin de séance parce que VoiceOver était la solution d'accessibilité qui répondait aux besoins de toutes.
1. Exploration tactile de l'appareil éteint : écran, boutons physiques, connectique.
2. Allumer l'appareil, entrer dans les applications, en sortir : on découvre la voix de Thomas (exclamations positives) et les premiers gestes de VoiceOver : toucher, balayages gauche-droite / droite-gauche, double-tap, bouton central.
3. Saisir du texte, se relire : chacune a tenté de créer un nouveau contact. On a laissé le mode de saisie en standard pendant toute la séance, même si une participante aurait pu passer en mode dactylo. Pour les gestes VoiceOver, on a ajouté le balayage vertical, sans insister sur l'utilisation du rotor. La connaissance préalable du clavier AZERTY a été d'une grande aide : on savait où chercher les lettres ; passée la difficulté de comprendre comment repérer une lettre puis la saisir, il a fallu trouver comment passer de champ en champ !
4. Lire : exploration rapide d'ibooks : choisir un livre dans une liste, se déplacer au moyen de la table des matières, lancer la lecture automatique à partir d'un point donné. Là encore, la voix est jugée agréable pour l'écoute. On ajoute 4 gestes faits avec 2 doigts en parallèle : lire depuis le début, lire à partir de, stopper la lecture, activer le bouton "retour".
5. J'ai consacré un petit moment à la présentation d'applications dédiées aux déficients visuels : détecteur de couleurs, reconnaissance d'objet, Ariadne GPS, mais le lecteur d'argent a été l'os de cette démonstration. Ou le billet présenté, comme l'a suggéré une lectrice, était un faux :)
6. Enfin SIRI a épaté l'assistance ! Pouvoir interroger directement l'IPad à la voix, c'est simple et ça marche ! "Quel temps fait-il à Paris?", "Appelle X", "Cherche sur internet une recette de mousse au chocolat", "où suis-je?".
7. Enfin, les personnes qui ont un reste visuel ont souhaité tester le zoom ; très vite il est apparu qu'il était plus confortable de l'utiliser combiné avec VoiceOver, même si cela a suscité des questions sur la façon dont des gestes communs à VoiceOver et au Zoom pouvaient interférer.

Réactions et conclusions

Et l'Iphone dans tout ça ? Officiellement, on a fonctionné avec 2 IPads, mais mon Iphone a très vite été de la partie :
- parce qu'on était curieux de savoir à quoi ça ressemblait un Iphone,
- parce que la connexion wifi de la médiathèque n'est pas toujours à la hauteur et que dans ce cas la 3G est une très bonne roue de secours,
- parce que, dans ces conditions, l'Iphone s'est révélé indispensable pour montrer les fonctions de localisation.
On a une fois encore entendu le souhait de ces personnes de pouvoir toucher, manipuler et échanger autour des nouveaux appareils ("et le telorion, c'est comment?"). Les mêmes questions surgissent toujours : est-ce que je vais y arriver ? combien ça coûte ? Tout le monde s'est accordé sur le fait qu'il faut un temps d'adaptation pour acquérir la gestuelle et de l'aisance, mais cela n'a pas paru impossible à prendre en main.
J'ai gardé pour la fin l'incrédulité d'une lectrice : "Vraiment, l'IPad et l'Iphone, on peut les acheter dans des magazins normaux?" Eh oui, il existe heureusement quelques appareils standards accessibles !

vendredi 15 février 2013

Atelier livres tactiles pour adultes à Marguerite Duras : compte rendu

Par Hélène Kudzia, rédactrice invitée sur "Nouvelles Lectures".

Le pôle Lire Autrement de la Médiathèque Marguerite Duras proposait, samedi 9 février 2013, un atelier de découverte. Il a permis une première présentation de nos livres tactiles pour adultes et il a été l’occasion pour nous de nous rôder, en présence du public, à la manière de les présenter.

Parallèlement à la constitution du fonds, ma collègue en charge des acquisitions du fonds Arts et moi-même avions assisté à une journée de formation sur la lecture tactile : cela nous a permis d’observer différents types de documents mais également les réactions diverses des déficients visuels assistant à ce stage (enthousiasme, curiosité, découragement).

Nous sommes convaincues que la simple mise à disposition des documents ne suffit pas et qu’il est nécessaire d’organiser une médiation spécifique, d’où l’organisation de ce petit atelier.

Nous avons mis en avant 3 types de documents :
-    Des plans
-    Des documents autour de l’art et de l’architecture
-    Des documents pour développer l’imagination et le plaisir du toucher.

La plupart de ces documents, d’un abord complexe, sont accompagnés d’un CD guidant la découverte tactile et donnant des informations sur le thème du document. Par exemple, les CD accompagnant les livres de la collection Sensitinéraires (éditions du Patrimoine) sont constitués d’une présentation historique du monument qui occupe environ les 2/3 du document sonore.

Sensitinéraires : L'Abbaye de Cluny


Lors de la présentation des documents, nous prenons le temps d’expliquer l’organisation du CD et d’en écouter un ou deux extraits.

L’atelier a été suivi par une personne très malvoyante, qui n’avait pas du tout connaissance de ce type de documents. D’abord enthousiaste face à ces « beaux livres », des difficultés sont très vite apparues. Lisant difficilement les gros caractères, mais n’ayant pas de connaissance du braille et du dessin tactile, l’exploration des livres de la collection Sensitinéraires (éditions du Patrimoine), pour lesquels le livret contrasté ne correspond pas page par page aux planches tactiles, s’avère difficile.

On tirerait profit d’un document unique, pour lequel le dessin en gros caractères se superposerait au dessin en relief ; en effet, les pistes audio du CD accompagnement ne sont pas appropriées à la découverte des planches du livret contrasté. De même, les plans du réseau de transport parisien ne sont constitués que de planches en relief, sans gros caractères ni dessins contrastés, ce qui est dommage.

Une bénévole faisant du portage a feuilleté les documents et se questionnait sur leur réception par des personnes âgées perdant la vue. L’apport d’informations données par les CD d’accompagnement semble intéressant, même si les planches tactiles ne sont pas totalement exploitées.

Si un temps spécifique était organisé ce samedi matin pour la découverte de ces livres, il sera toujours nécessaire, par la suite, de prendre du temps avec le lecteur pour une médiation spécifique : expliquer de quoi se compose le document, guider la manière de le découvrir au besoin en étudiant une planche avec lui… car tous ces livres tactiles sont beaux à l’œil, mais difficiles au toucher !


Hélène Kudzia
Responsable du Pôle Lire Autrement
Médiathèque Marguerite Duras (Paris)
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